L’alchimie d’une nouvelle vie sociale en maison de repos

Eugène est parti vers une maison de retraite. Il a quitté sa résidence, son quartier. C’est vrai qu’il n’avait plus beaucoup d’amis, dans sa rue, et qu’il ne se déplaçait plus guère, n’allait plus boire un verre au café du coin. Mais déménager, à 87 ans, constitue un sacré choc pour lui. Comment va-t-il voir du monde, désormais ? Bien sûr, ses enfants et petits-enfants se sont promis de s’organiser, pour lui rendre visite le plus souvent possible, et en tout cas avec régularité. Mais ils restent curieux, anxieux même, de voir comment papy trouvera ses marques dans son nouvel environnement de vie, à 10 km de la maison familiale. Y retrouvera-t-il l’amitié ? Et parfois même l’amour ?

Le personnel des 15 résidences SERVIOR est attentif à cette transition importante. Michel Colin et Kévin Deumer, les responsables du bureau social du groupe expliquent : « Le rôle social évolue tout au long de la vie, rappellent-ils. Le départ à la retraite avec la perte du rôle social de travailleur „productif“, le passage du rôle de parent à celui de grand-parent, représentent une évolution majeure pour la plupart des personnes âgées. À l’approche de la retraite, la personne « d’âge mûr » est bien souvent une personne dynamique, qui s’occupe de ses enfants ou de ses petits‐enfants. Elle a une vie sociale plus ou moins active. Elle voyage, fait du sport, du bénévolat, va au restaurant, au cinéma, au théâtre, assiste à des concerts. »

Changement de rôle

Mais, en gagnant de l’âge, la personne tend à perdre son autonomie, à voir son cercle social se restreindre. La perte de sa compagne ou de son compagnon peut aussi survenir, plus cruelle encore. « Cette perte d’autonomie et cet isolement accru, souvent couplés avec une difficulté croissante à continuer à vivre seule à son domicile, lui font prendre conscience de son besoin de prise en charge, ou inquiètent son entourage, qui n’est pas toujours en mesure d’apporter le soutien requis, constate Kévin Deumer. C’est le cas de la majeure partie des personnes demandant à être accueillies dans nos centres d’hébergement. » Au passage, ils insistent sur l’intérêt des „Journées de découverte“ et des séjours de vacances, qui permettent de découvrir une résidence pour seniors et d’aider à s’y projeter.

L’entrée effective en maison de repos vient à nouveau bouleverser la vie sociale et matérialise en quelque sorte la double perte de capacités physiques et d’une certaine vie sociale. « Le déménagement et l’éloignement du domicile modifient les liens sociaux quotidiens: commerçants de proximité, voisins, famille, amis… Une véritable rupture peut se produire, et la transition caractérise fréquemment un changement de rôle, jusqu’au sein de la famille, parfois même une inversion du rôle parent-enfant. »

Il n’y a pas d’âge pour socialiser

Petit à petit, le nouvel arrivant devra recomposer un tissu social autour de lui, s’intégrer dans les groupes existants… si l’en a le désir. Nos équipes incitent toujours les résidents à participer aux activités, façon idéale de voir du monde. Mais rien n’est imposé. Un âge fort avancé ne contrarie pas nécessairement la démarche sociale. À l’inverse, des troubles cognitifs, des difficultés de communication ou encore de la dépression représentent des obstacles majeurs. « Pour le reste, c’est une question d’affinités et de caractère. En cela, ce n’est probablement pas différent de ce qui se passe avec les personnes plus jeunes », constate Michel Colin. « Attention encore à ne pas confondre le fait d’être solitaire et la solitude. Beaucoup de personnes préfèrent passer du temps seules plutôt que de tisser des liens sociaux étroits avec les autres. La personne solitaire ne souffre pas (ou peu) de solitude. Elle peut même avoir un plus grand sentiment de solitude au milieu d’une foule. Elle préfère pouvoir faire ce qu’elle veut et comme elle le veut, sans avoir à prendre quelqu’un d’autre en considération. »

La participation sociale peut aider à renforcer le bien-être et l’état de santé perçu, à améliorer la santé mentale et à contribuer à une baisse du déclin cognitif et fonctionnel, et de la consommation de médicaments. Voilà pourquoi il est important de créer du lien social entre les résidents. Par table, par proximité de logement, par affinité pour les activités, les seniors reconstruisent d’autant plus aisément leur tissu social que leurs voisins sont souvent à la recherche des mêmes interactions. Ils peuvent également retrouver des repères de leur ancienne vie professionnelle, des connaissances, des personnes ayant pratiqué le même métier. Et parfois, ils rejoignent dans une de nos résidences un membre de leur famille qui y vit déjà, ce qui facilite admirablement l’insertion et la socialisation. SERVIOR est sensible à ces possibilités de regroupement, et met tout en œuvre pour les faciliter. De façon générale, favoriser et enrichir les interactions sociales, le personnel de SERVIOR veille à se faire rencontrer, autant que possible, des personnes partageant des affinités communes, par exemple en matière de langue, de centres d’intérêt, de passé professionnel, de culture.